Pascale Fressoz : Mobilisons-nous pour la Paix mondiale/ Le développement durable n’est pas la cerise sur le gâteau mais l’ingrédient de base, le socle fondamental

Propos recueillis à Paris par Khaled Saad Zaghloul
Madame Pascale Fressoz est une intellectuelle française prodigieuse, femme très active dans le monde associatif, elle est Fondatrice et Présidente de AI- ODD (Alliance Internationale pour les Objectifs de Développement Durable) pour l’International (EU, Afrique, Asie, Amérique) et pour la France, Cité de la Solidarité Internationale, elle est aussi Co-fondatrice de la Coalition des ONG pour les ODM, puis pour les ODD, à Genève, ancienne élue, Conseillère Municipale et Conseillère Communautaire
Fédération Internationale des Comités Ingrid Betancourt pour la libération des 3000 otages en Colombie. Elle était Vice-Présidente en charge des Relations Publiques et Internationales, Fondatrice et Présidente du Comité Savoie/Haute-Savoie..Nommée Ambassadeur de la Paix en Afrique,
A son honneur, elle a obtenu beaucoup de prix et Distinctions dont France Prix « Egalité Europe », ONG Oisat / Wasat (statut Ecosoc ONU), 2021
RDC Prix « Egalité », Fondation DDK Ministries, 2021
Côte d’Ivoire Chevalier de l’Ordre national du mérite de la Côte d’Ivoire, 2013
USA Certificat « Elite Worldwide, Executives and Professionals », WIW International, 2013 USA Prix « Pinacle », Who is Who Continental, 2012
USA Prix « Professionnel de l’Année », dans la Catégorie Management Consulting, Who is Who International, 2012…
Pascale Fressoz avec notre correspondant Khaled Saad Zaghloul
La voix des deux rives : Présentez-vous ?
Pascale Fressoz : A la base, je suis issue du monde des affaires, j’ai obtenu des diplômes à Lyon, Londres, puis Genève, avec MBA (HEC Genève). Cette formation m’a permis d’avoir une approche globale des choses et de transférer des techniques du secteur privé vers le secteur public et dans le milieu associatif. Je suis donc très attachée à la notion d’efficacité et d’efficience. Mon engagement pour la cause des otages en Colombie, en 2002 m’ont permis d’avoir des relations avec les gouvernements en France, Suisse, Colombie et aux Etats-Unis, puis avec l’ONU. J’ai aussi été élue en Haute-Savoie, à Thônes. Je sais à quel point nous sommes privilégiés de vivre en France. Une liberté que j’apprécie et respire chaque jour, mais qui me confère aussi une responsabilité, celle d’aider les autres, ceux qui n’ont pas ce privilège de confort et de liberté, et qui subissent une multitude de contraintes dès leur naissance. J’ai une forme de sensibilité sur ces sujets, sachant que j’apprécie énormément le regard de tous ces gens qui sont financièrement pauvres mais humainement très riches.
Dans le cadre de mes activités professionnelles, je suis aussi très engagée sur la participation citoyenne pour la co-construction de politiques publiques (2 villes avec lesquelles j’ai travaillé ont reçu les Trophées de la participation Citoyenne de Décider ensemble). J’utilise des techniques pointues dans le domaine de la planification stratégique, ce qui m’a permis de développer récemment une méthode en Neuf Etapes pour créer des Villes Durables et Entreprises Durables. D’autres outils ont été développés (mapping des ODD, cartographie des actions…) afin d’allier durabilité et planification stratégique. Je les présente dans mon livre « Agir pour un monde durable. Réussir la transition à l’aide des ODD » qui va sortir en avril 2022 (Editions Jouvence).
La voix des deux rives : Vous êtes Présidente de l’Alliance Internationale pour les Objectifs de Développement Durable, pourriez-vous nous parlez de votre ONG et son but ?
– L’Alliance Internationale pour les Objectifs de Développement Durable (AI-ODD) a été conçue en 2006 à Genève pour soutenir initialement, un programme des Nations-Unies, les Objectifs du Millénaire, visant à réduire de moitié la pauvreté d’ici à 2015. Suite à l’agenda post-2015, AI-ODD a soutenu les 17 Objectifs de Développement Durable (ODD), visant à « transformer » le monde, une sorte de guide d’excellence en termes de durabilité, pour la prospérité de tous et la protection de l’environnement au Nord comme au Sud.
AI-ODD soutient ce programme à travers ses antennes qu’elle a créé 21 pays. Notre siège est actuellement basé à Annemasse, en France, et nous agissons principalement sur 4 axes : Sensibilisation, Accompagnement, Formulation de Propositions et Synergies avec d’autres acteurs.
Nous avons organisé plus de 1300 actions, parmi lesquelles :
– 6 colloques à l’ONU,
– 8 villages du Millénaire (6 en Côte d’Ivoire, 1 en Inde et 1 au Niger),
– 1 Coalition des ONG pour les OMD puis les ODD à Genève
– 1 colloque sur l’Egalité en 2021 à Paris (avec un fort message de soutien du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres),
– 1 colloque à l’Assemblée Nationale, avec le Groupe d’Etudes ODD et un Collectif Elus & ODD.
AI-ODD agit aussi sur le terrain, nous avons organisé 52 projets sur le terrain (soutien à la création d’un centre pour femmes battues, co-création de centre de santé, rénovation d’écoles, etc.) notamment dans le cadre des Villages du Millénaire avec une approche transversale et participative. Dès lors que l’on fait confiance aux habitants, les résultats peuvent être surprenants.
Parlez-nous des ODD que peu de monde connait alors que tout le monde en a besoin
Les ODD sont des objectifs globaux au nombre de 17, divisés en cibles et correspondant à des indicateurs évaluables, qui permettent de prendre en compte 5 grands domaines :
– L’humain : lutte contre la pauvreté, la faim et les violences et pour une meilleure santé, une éducation de qualité, et plus égalité entre les hommes et les femmes,
– Les questions environnementales, avec 6 grands objectifs – eau, énergie, préservation de la biodiversité terrestre et marine, lutte contre le réchauffement climatique,
– L’économie : la production et consommation propre, les nouvelles formes d’économie, les technologies et innovations, l’accès à un emploi décent,
– Les questions de gouvernance et de respect des droits humains, pour la paix ici et là-bas, pour résoudre de grands conflits ou créer des communautés apaisées,
– Les partenariats, afin de les renforcer, dans une logique de et non de se diviser (ce qui est trop souvent la tendance !)
Six ans après leur adoption, à l’ONU, par la France et 192 autres Etats, les initiés au Développement Durable les connaissent, mais pas forcément les autres. Qui parle des ODD ? Moins de 10 % de la population les connaissent en France alors que, comme vous le dites, c’est précisément ce dont nous avons besoin. Qui les soutient ? De nombreux acteurs très engagés sur ces questions travaillent avec cette boussole (Comité 21, 4D, Focus 2030, Rameau, Convergences, Rameau, Elyx, OISAT, etc.), certains députés, certains réseaux d’élus (France urbaine, AMF, Régions de France…), certaines entreprises et les collectivités les plus engagées que nous avions invité à notre colloque du 8 décembre, à l’Assemblée Nationale. Au niveau national, un des organismes en charge de leur mise en œuvre s’appelle le CGDD, Commissariat Général au Développement Durable. Il vient de publier un rapport sur la mise en œuvre des ODD en France.
Ils permettent d’avoir une approche transversale, de ne plus raisonner en silo, de ne plus penser à une problématique de manière isolée, de ne plus gérer une thématique à la fois, comme l’eau ou l’énergie, mais de les voir de manière intégrée avec une approche également plus participative. Cela permet d’avoir une meilleure compréhension des phénomènes complexes, de voir comment un défi peut en aggraver un autre, mais aussi de voir comment un objectif va avoir un impact positif ou négatif sur un autre objectif. Ces liens d’inter-dépendances ne sont pas toujours évidents à comprendre intuitivement. Nous devons par conséquent agir sur la base d’une meilleure compréhension des phénomènes et des défis globaux auxquels nous devons faire face, et sur la base de méthodes et des orientations communes que nous offrent les ODD.
C’est aussi une sorte de « multi-latéralime en action », car il ne suffit pas de prendre des décisions communes lors de grands Sommets, il faut aussi savoir les décliner, les rendre opérationnelles et les faire vivre sur les territoires.
Et si certains Objectifs, sont atteints ?
– Une étude a évalué que certains Objectifs, s’ils étaient atteints, permettraient d’avoir des impacts positifs dans tous les autres domaines par effet de levier. On retrouve ainsi l’ODD 5, Egalité Homme-Femme, levier immense dans la lutte contre la pauvreté dans le monde, mais également les Objectifs liés à la biodiversité, ODD 14 et 15 – car comme le montre l’approche One Health, la destruction des habitats naturels est à l’origine de pandémies. Pensons-y : quelle chance avons-nous de soigner les blessures de notre monde si nous ne prenons pas soin des animaux et plus généralement du vivant ? Quelle chance avons-nous de soigner notre monde si lorsque nous appuyons sur le bouton de l’écologie, c’est le social qui explose… à l’image de l’expérience douloureuse des gilets jaunes en France ? Quelle chance avons-nous de soigner notre monde si nous ne réinventons pas l’économie de demain ? Nous devons gérer des jeux d’équilibre, au niveau des ressources, y compris financières, mais aussi au niveau des acteurs.
La voix des deux rives : Quelles sont les circonstances, vos histoires personnelles qui vous ont rendue sensible à ces causes ?
Pascale Fressoz :J’ai toujours été sensible au problème de pauvreté et de voir tant d’enfants vivre dans la misère la plus totale. Trop de gens doivent inventer des stratégies de survie et vivre avec nos miettes. 783 millions de personnes vivent encore dans l’extrême pauvreté et cela a été renforcé par le COVID, pour environ 130 millions de personnes.
J’ai l’immense privilège de vivre dans une société libre et prospère, ce qui me confère une responsabilité supplémentaire, celle de m’engager pour les autres. En 2002, je me suis impliquée pour la libération d’Ingrid Betancourt et de 3 000 otages en Colombie. J’ai pris conscience du lien intime entre extrême pauvreté et violation des droits humains. Je suis aussi très concernée par les questions environnementales. J’interviens dans de nombreuses écoles de management sur les ODD, notamment à Sciences Po, Polytech, GEM… pour les responsabiliser face à l’urgence climatique, aux défis sociaux et aux nouvelles formes d’économies (économie circulaire, ESS, économie symbiotique… ). Les enjeux restent majeurs. Nous devons à présent briser le cercle de la déresponsabilisation. Nous devons aussi conduire le changement de manière structurée et planifiée, avec créativité car les métamorphoses doivent être réalisées avec envie et optimisme, et pas uniquement sous l’effet de la peur ou de la contrainte.
L’Agenda 2030 et les 17 ODD, sont-ils intelligibles pour le grand public ?
- Les avis sont très partagés, beaucoup vont dire en effet que les ODD c’est trop compliqué. D’autres, comme Vaia Tuuhia, Association 4D, diront qu’un enfant de 4 ans peut les comprendre. Selon Gilles Vermot-Desroches, Vice-Président de Schneider Electric, en tête du classement des entreprises les plus durables au monde (Corporate Knights), les ODD parlent à tous, contrairement aux normes ! Tout le monde comprend lorsque l’on parle de nourriture, de santé, d’éducation, de paix, etc. ce sont des éléments de la vie quotidienne. Les ODD, c’est un outil qui permet de fédérer, de donner la chance de construire des politiques et des projets qui associent tous les acteurs pour entrer dans des logiques de co-construction. L’écologie doit s’initier et accompagner de nouvelles formes d’économies. Malheureusement, les ODD sont encore trop peu présents dans les débats. Le multilatéralisme doit marcher sur deux pieds, en intégrant les ODD et l’Accord de Paris, sur la base de la gouvernance internationale et locale… Par ailleurs, les décisions prises au niveau des Nations Unies ne sont pas suffisamment déclinées au niveau des Etats.
Nous avons signé avec la Député Florence Provendier, et une centaine d’acteurs, en France, une tribune intitulée « ODD, tout est lié » pour une meilleure intégration du Climat et des ODD dans les politiques nationales. Des radars des ODD évaluent le programme de chaque candidat à la présidentielle sous le prisme des ODD.
Focus sur votre livre
- Nombreux sont les ouvrages sur les difficultés que rencontre le monde actuellement mais ils ne donnent pas forcément de pistes d’amélioration. Lorsque des actions sont mentionnées, elles concernent surtout les Etats et peuvent paraître parfois trop globales, inadaptées ou axées sur un thème uniquement (ex. l’énergie).
Mon livre « Agir pour un monde durable et réussir la transition à l’aide des 17 ODD », aux Editions Jouvence, est un appel à l’action et un guide de la durabilité. Nous montrons que tout est lié et interconnecté et le potentiel pour tendre vers une spirale vertueuse. À partir de cette « boussole de la durabilité », nous présentons les actions qui peuvent être mises en place en tant que citoyen, que collectivité ou entreprise, avec une approche globale. Vous pourrez ainsi découvrir la méthodologie des « 9 étapes pour Réussir », dont l’objectif est de structurer et conduire le changement dans les organisations.
Cet ouvrage « Agir pour un monde durable » a été réalisé avec une dizaine d’experts reconnus notamment Dominique Bourg, Patrick Viveret, Maria-Luisa Silva, René Longet, mes co-auteurs Corentin Biteau, Jean-Claude Koya et de
nombreuses personnalités. Je les remercie infiniment. Loin de présenter une longue liste d’actions sans aucune hiérarchisation, notre livre cherche à identifier les axes les plus impactants. Pour éviter la pensée en silo, nous avons essayé de prendre en compte les interconnexions entre tous les différents sujets (par exemple en examinant ce qui fait émerger les pandémies).
D’une part, il s’adresse aux citoyens, vous et moi, à notre niveau, en essayant d’aller au-delà des petits gestes (éteindre la lumière, prendre de courtes douches…). Nous avons plutôt essayé de cibler ce qui est considéré comme le plus efficace dans la littérature scientifique. L’un des défis est de trouver comment concilier la notion de bien-être avec une vie plus sobre : vivre heureux non pas en ayant plus, mais en apprenant à jouir moins, pour citer Socrate (un défi actuel étant donné les difficultés énergétiques à venir). Bien sûr, il faut renforcer les efforts pour soutenir les personnes les plus vulnérables, en offrant de meilleurs services et un accès plus facile aux biens (nourriture, habitat, santé, etc.). Un autre défi est de faire de l’action individuelle un tremplin vers l’action collective. Un autre défi est de faire de l’action individuelle un tremplin vers l’action collective. La seconde moitié présente de manière structurée et pratique comment changer nos modes de fonctionnement et la stratégie de nos organisations, qu’elles soient des pouvoirs publics ou des entreprises. Nous présentons ensuite une méthode « Nine Steps to Succeed » (basée sur l’Institut BSC) pour mettre les acteurs sur la voie du changement, adaptable en fonction des structures et réalités locales. Nous avons également réalisé un mapping pour faciliter la compréhension des Objectifs de Développement Durable : 17 briques pour construire la maison du futur. L’objectif est de pouvoir créer des plans de transition, de résilience et de durabilité au sein des organisations et des territoires, tout en mesurant les impacts.
Au-delà de votre livre, quelles sont les actions que vous entreprenez ?
- J’ai fondé, en 2006, l’ONG Alliance Internationale pour les Objectifs de Développement Durable (AI-ODD), basée dans 24 pays, dont le siège est à présent en France (CSI, Annemasse). Entre 2006 et 2022, nous avons organisé environ 1 350 actions dont 6 conférences à l’ONU. Un colloque récent a été organisé à l’Assemblée Nationale française, avec le président de l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, deux ministres et plusieurs maires visant à renforcer l’implication du gouvernement et des collectivités locales. Par ailleurs, nous avons travaillé avec les populations en Côte d’Ivoire, au Niger et en Inde, pour la création de 6 Villages du Millénaire. Les habitants définissent le projet avec une approche globale et intégrée. Nous venons de développer 3 outils pour accompagner les acteurs dans la mise en œuvre des ODD, disponibles dans le livre (QR codes).
Dans le cadre de mon cabinet de Conseil (Millenium) spécialisé en planification stratégique et démocratie participative, nous avons défini des politiques publiques co-construites avec des élus, ce qui a valu le Prix de la Participation Citoyenne aux villes d’Aix-les-Bains, Albertville et à mon cabinet.
D’autre part, j’ai cofondé avec Awa N’Diaye la Coalition des ONG pour les OMD puis les ODD à Genève (2010-2016). J’ai eu la chance de travailler avec de belles personnalités, notamment le professeur Tévoédjéré, ancien conseiller spécial de Kofi Annan, qui m’a nommé Ambassadeur de la Paix en 2015, Stéphane Hessel ou l’Ambassadeur François Rivasseau, qui nous a toujours soutenu, pour la cause des otages en Colombie, pour les OMD puis les ODD. Par ailleurs, j’ai été élue locale en Haute-Savoie, à Thônes, sur deux mandats.
La publication du dernier rapport du GIEC vous inspire quelles réflexions ?
- Le travail du GIEC est reconnu, il évolue et prend en compte la psychologie des citoyens et décideurs en insistant sur les solutions, le renforcement des capacités, en créant l’urgence. La phrase « nous avons 3 ans pour agir » a été reprise dans tous les médias… mais la pression retombe vite.
La situation internationale que nous vivons complique-t-elle la résolution pour lever les obstacles ?
- Cette situation dramatique nous rappelle l’importance de la solidarité, du multilatéralisme, d’une gouvernance partagée et du respect des engagements internationaux. Les 17 ODD ont été signés par tous les Etats ! La situation montre à quel point l’ODD 16, “Paix, justice et institutions efficaces”, est totalement méprisé alors qu’il a un impact sur tous les autres objectifs. Les logiques de guerre montrent les équilibres fragiles de nos modes de société vacillant entre « liberté pour tous » dans certains pays et « contrôle de tous » dans d’autres. Cette volonté de maintenir des empires et des rapports de force sans compromis, ni respect aucun pour les vies humaines, devrait être condamné avec mise en place de mécanismes d’urgence, un tribunal spécial d’agression ou autres dispositifs, et de voir pourquoi l’action de la CPI n’a pas fonctionné. La communauté internationale, et les Etats européens en particulier, ont su s’unir, sans logique de guerre.
Mobilisons-nous pour la Paix, en agissant chaque jour pour préserver celle des autres.
Je considère, comme René Longet, que le développement durable ne doit plus être considéré comme la cerise sur le gâteau mais l’ingrédient de base, le socle fondamental.
Certes, le Covid puis la guerre en Ukraine compromettent fortement la réussite des ODD mais l’engagement n’était pas assez fort avant 2020. Et pourtant, les acteurs engagés pour les ODD ont développé de belles approches innovantes
et fédératrices. Ayons chacun notre Agenda 2030, global et intégré mais surtout ambitieux, car nos potentialités pour nous améliorer sont infinies. Il s’agit de faire face aux exigences climatiques, de contribuer au bien-être et de tendre vers un futur souhaitable. A nous de trouver les nouveaux équilibres du monde que nous devons reconstruire ensemble.
L’approche développée se situe à l’interface des outils professionnels de planification et de mise en œuvre stratégique, et des contenus de durabilité, une méthode testée et promue au sein de l’AI-ODD. J’interviendrai également dans des conférences en France, notamment auprès des élus afin d’aligner les actions locales avec les ODD et l’Accord de Paris, pendant la période stratégique, du 22 au 26 septembre puisque l’ONU tiendra sa 77e Assemblée générale. Nous participerons également à des conférences pour parler du leadership des femmes dans la lutte contre le changement climatique, nous formerons des travailleurs sociaux sur les ODD au Mali, et nous parlerons de la paix à Genève. Nous avons été invités récemment par l’agence de presse internationale à Paris, à une conférence concernant le livre et le cycle de conférences que nous venons d’organiser avec des leaders écologiques et sociaux de premier plan tels que Dominique Bourg et Patrick Viveret, sur le thème Dessiner l’avenir . . .
Vous êtes invité en Egypte pour participer à la COP 27 sur le changement climatique accueillie par l’Égypte pourriez-vous nous en parler !
Oui, effectivement, j’aurai le grand plaisir de participer d’abord au Forum de l’Environnement et de la Coopération et interviendrai sur le thème « Nouveaux outils pour accélérer les ODD climatiques, au niveau des Etats et de la société civile », lors de la session plénière N°4, le lundi 12 septembre. Dans sa volonté de promouvoir et de soutenir des politiques efficaces, des bonnes pratiques et des institutions performantes dans les secteurs de l’eau, de l’environnement et du climat, et en préparation de la COP 27 sur le changement climatique accueillie par l’Égypte, le Conseil arabe de l’eau organise le « Forum sur l’environnement et le développement (EDF 2022) : The Road to Sharm El-Sheikh (COP 27) ». Le Forum sera accueilli Le Forum devrait se tenir au Caire, en Égypte, du 11 au 13 septembre 2022 sous l’aimable patronage du ministère des affaires étrangères, représentant la présidence égyptienne de la 27e Conférence des parties (COP27) sur le changement climatique, et en coopération avec le ministère égyptien de l’environnement.
Comme vous le savez, nous sommes dans une dynamique où les crises semblent s’accumuler de plus en plus : crise des inégalités, crise climatique, crise de la démocratie, etc. En réalité, ces crises sont à la fois multicritères et toutes liées entre elles. La difficulté est qu’il existe de nombreuses sources qui présentent les constats et les problèmes, mais peu présentent clairement ce qui peut être fait. C’est pourquoi mon livre « Agir pour une parole durable » vise à identifier les actions qui peuvent être menées face aux défis de notre temps. Ce livre prend comme cadre l’Agenda 2030 des Nations Unies. Ce programme, signé par 190 États, vise à intégrer tous les défis de la planète (énergie, eau, égalité, production propre, lutte contre la pauvreté, solidarité…).
En France, certains médias comme Radio France ont décidé récemment de prendre un « virage » environnemental face à l’urgence, et donc de s’engager pour plus de communication sur les questions climatiques et d’entendre de plus en plus la voix des scientifiques et autres acteurs sur les innovations et solutions. Ceci est crucial pour pouvoir mieux impliquer la société civile. J’espère que c’est également le cas dans votre merveilleux pays !
Comme vous le savez, nous sommes dans une dynamique où les crises semblent s’accumuler de plus en plus : crise des inégalités, crise climatique, crise de la démocratie, etc. En réalité, ces crises sont à la fois multicritères et toutes liées entre elles.
La difficulté est qu’il existe de nombreuses sources qui présentent les constats et les problèmes, mais peu présentent clairement ce qui peut être fait. C’est pourquoi mon livre « Agir pour une parole durable » vise à identifier les actions qui peuvent être menées face aux défis de notre temps. Ce livre prend comme cadre l’Agenda 2030 de l’ONU sachant que ce programme, encore méconnu, a été signé par 190 Etats. Il vise à intégrer tous les défis de la planète (énergie, eau, égalité, production propre, lutte contre la pauvreté, solidarité…) avec une approche plus systémique.
Loin de présenter une longue liste d’actions sans aucune hiérarchisation, notre livre cherche à identifier les axes les plus impactants. Pour éviter la pensée en silo, nous avons essayé de prendre en compte les interconnexions entre tous les différents sujets (par exemple en examinant ce qui fait émerger les pandémies).
D’une part, il s’adresse aux citoyens, vous et moi, à notre niveau, en essayant d’aller au-delà des petits gestes (éteindre la lumière, prendre de courtes douches…). Nous avons plutôt essayé de cibler ce qui est considéré comme le plus efficace dans la littérature scientifique. L’un des défis est de trouver comment concilier la notion de bien-être avec une vie plus sobre : vivre heureux non pas en ayant plus, mais en apprenant à jouir moins, pour citer Socrate (un défi actuel étant donné les difficultés énergétiques à venir). Bien sûr, il faut renforcer les efforts pour soutenir les personnes les plus vulnérables, en offrant de meilleurs services et un accès plus facile aux biens (nourriture, habitat, santé, etc.). Un autre défi est de faire de l’action individuelle un tremplin vers l’action collective. La deuxième partie présente de manière structurée et pratique comment changer nos modes de fonctionnement et la stratégie de nos organisations, qu’elles soient des pouvoirs publics ou des entreprises. Nous présentons ensuite une méthode « Nine Steps to Succeed » (basée sur l’Institut BSC) pour mettre les acteurs sur la voie du changement, adaptable en fonction des structures et réalités locales. Nous avons également réalisé un mapping pour faciliter la compréhension des Objectifs de Développement Durable : 17 briques pour construire la maison du futur. L’objectif est de pouvoir créer des plans de transition, de résilience et de durabilité au sein des organisations et des territoires, tout en mesurant les impacts.
Quel est le grand atout des ODD selon vous ?
– Pour moi, l’un des grands atouts des ODD, c’est l’universalité, c’est la cohérence pour une gouvernance mondiale mais aussi locale et c’est la capacité à mesurer les progrès à travers des indicateurs : 169 cibles et 247 indicateurs ont été identifiés. La mise en place d’un système commun de mesure des impacts dans chaque collectivité, comme c’est le cas dans certaines collectivités en Suisse, permettrait d’harmoniser et de comparer les progrès, de manière cohérente et rationnelle, pas uniquement les domaines dans lesquels nous sommes aujourd’hui performants.
Il est important de valoriser les progrès, communiquer, et ainsi re-donner confiance aux citoyens et tout particulièrement aux jeunes, sur la base d’éléments tangibles, factuels, pour montrer que nous allons dans la bonne direction.
Un manque d’engagement au niveau national contribue à renforcer la fracture démocratique et à donner le sentiment aux citoyens que les élus n’ont pas la réponse aux enjeux de société complexes auxquelles nous devons faire face. Nous avons aujourd’hui ce cadre de planification que nous n’utilisons pas ou pas assez, collectivement en France. Mais il manque des références et des indicateurs au niveau local pour savoir comment Agir, comment Définir une politique locale sur la base des ODD, et c’est aussi la raison pour laquelle nous proposons une méthodologie, « 9 étapes pour réussir » pour montrer les interactions entre les différentes ODD et leur signification au niveau local.
Comment peut-on réaliser les 17 objectifs mondiaux ?
– Les ODD doivent être intégrés au niveau gouvernemental, de manière transversale, afin d’être intégrés dans les politiques de chaque ministère. Certains pays comme l’Espagne, leur ont donné un caractère plus stratégique que d’autres, en les rattachant directement au niveau du Premier Ministre, afin de garantir davantage de transversalité mais aussi de légitimité. D’autres ont bien pris en compte les ODD au niveau du budget, comme en Finlande, ou encore au niveau de l’évaluation, avec des rapports de la cour des Comptes, comme en Allemagne. Le Maroc, un des pays les plus engagés pour les ODD sur la scène internationale, vient de rendre obligatoire leur intégration au niveau des Collectivités dans le Plan Communal de Développement. Les Pays du Sud ont davantage tendance à les intégrer puisqu’ils travaillent avec le soutien du PNUD, le Programme des Nations Unies pour le Développement, en charge du pilotage des ODD, même si à ce jour les réalisations ne sont pas encore à la hauteur des ambitions.
Les Etats doivent ensuite décliner ces ODD au niveau des acteurs de ce que l’on appelle la Société Civile. La Ministre Barbara Pompili a lancé plusieurs fois des appels pour que tous s’emparent des Accords de Paris, et lors de notre colloque sur le sujet. Néanmoins, comme l’évoque justement Dominique Potier et Jennifer De Temmerman, co-présidents du Groupe d’Etudes ODD, il existe aujourd’hui, un « alphabet » mais nous n’avons pas la grammaire ! C’est la raison pour laquelle il est urgent que les ministères communiquent directement auprès des collectivités territoriales mais aussi leur donnent des outils, des méthodes et un accompagnement pour intégrer la durabilité et les ODD, dans les politiques publiques.
Il est illusoire de croire que les élus vont spontanément le faire s’il n’y a pas une demande expresse de la part des gouvernements, même si nous pouvons nous réjouir de l’engagement exemplaire de certains élus.
Nous souhaitons encourager les gouvernements à renforcer la communication institutionnelle, leur leadership exécutif sur les ODD et l’accompagnement des collectivités et des entreprises pour une mise en œuvre effective des ODD pour mieux intégrer la durabilité dans les politiques publiques. Nous savons que nous rien n’est fait sur cette période, avant 2030, alors de renverser la tendance sont maigres. Engager des processus pour tendre vers plus de résilience au niveau collectif mais aussi individuel ne doit plus tarder… au risque de rater un tournant historique, qui nous sera reproché par les jeunes générations.
Je sais que trop souvent, nous pensons à la mise en place d’un projet ou de travaux, sans pour autant avoir une approche globale ou sans pour autant intégrer les grands défis auxquels nous devons faire faire. Permettez-moi juste de rappeler que les bases du changement, selon J. Kotter, c’est bien d’avoir : une « vision partagée » pour son territoire, de créer une coalition d’acteurs engagés, d’avoir une politique planifiée à long terme avec des objectifs et indicateurs mais aussi des projets et des quicks wins, quelques actions rapides à mener pour montrer que le changement est possible et qu’il produit des résultats, afin d’encourager d’autres acteurs à s’engager.
Il ne faut plus que le Développement Durable soit la cerise sur le gâteau mais bien l’ingrédient de base des politiques publiques. Il faut aussi qu’ils soient au cœur des politiques d’entreprise, qui doivent être plus encadrées et tournée résolument vers les ODD pour la durabilité de la planète et le bien-être de tous.
Camus disait, déjà à l’époque, « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais ma tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ». Je pense que ce constat est encore plus vrai aujourd’hui.
Pourriez-vous nous parlez de votre colloque que vous avez organisé récemment au parlement
– L’AI-ODD et le Groupe d’Etudes ODD à l’Assemblée Nationale ont organisé un colloque intitulé « L’Agenda 2030 au cœur des territoires. Les élus face à une décennie critique ». Ce colloque a été organisé avec le soutien d’un Collectif « Elus et ODD », avec Patrice Robineau, ancien haut-fonctionnaire des Nations Unies. Ce Collectif regroupe 20 organismes ou acteurs engagés, élus, représentants de réseaux d’élus, représentants gouvernementaux, ambassadeurs et présidents d’associations. Nous avons travaillé en très bonne harmonie, avec une belle énergie en bénéficiant de leurs magnifiques compétences.
Nous avons eu une approche quadri-partite avec la volonté de renforcer l’implication des élus locaux, en dans le même temps des parlementaires, des ministères et, ce avec le soutien de la société civile. Il est aussi essentiel de faire en sorte que les députés comprennent mieux que ce veulent dire concrètement les ODD, au niveau des politiques locales et l’importance des approches transversales, en non en silo, y compris au niveau parlementaire, pour être plus inspirés pour inventer les lois de demain en prenant en compte les ODD.
Nous avons donc souhaité réunir les élus les plus engagés, en France, que nous saluons pour leur rôle de premier de cordée pour les ODD. Nous aurons donc eu le plaisir d’écouter 15 élus et agents territoriaux nous présenter leurs expériences en terme de durabilité : les villes de Niort, Besançon, Evian, Navailles-Angos, Loos-en-Gohelle, La Roche-sur-Rochon, Barentin, Longvic, Nancy, Pessac, Paris, Grenoble, l’Eurométropole de Strasbourg, la Région Bourgogne-Franche-Comté et la Région Sud et le département de la Gironde. Nous avons pu à travers leurs expériences positives comprendre comment ancrer les ODD dans les politiques, les projets et les budgets pour que d’autres définissent, sur cette base, leurs politiques de demain… et soient inspirées dans cette spirale vertueuse.
Ce colloque a été organisé sous le patronage du Président de l’Assemblée Nationale, Richard Ferrand, avec la présence de la Ministère de la Cohésion des Territoires, Jacqueline Gourault, et un message de la Ministre de la Transition Ecologique, Barbara Pompili. Les Ministères de la Cohésion des Territoires et de l’Europe et des Affaires Etrangères ont été partenaire de ce colloque sur l’Agenda 2030. Nous avons été accueilli dans la salle très prestigieuse de l’Hôtel de Lassay, lieu symbolique par excellence pour donner un caractère historique aux ODD.
Quels sont vos objectifs et est que vous coopérer avec l’Etat pour ?
Que vous manque actuellement et est-ce que vous acceptez une aide de l’état ou de l’international ?
– Notre objectif est que les ODD soient mis en pris en compte par les Etats afin de renforcer l’engagement des gouvernements, pour ensuite pouvoir renforcer l’engagement des collectivités territoriales mais aussi des entreprises et des citoyens. Sans leadership exécutif, les ODD ne peuvent pas être pris en compte et déclinés sur les territoires.
On me demande régulièrement si le changement doit venir du « local ». Je pense que Non, le changement doit venir du national ET du local, de l’exécutif comme du territorial, des élus locaux comme des représentants gouvernementaux, car sans leadership exécutif fort sur l’Agenda 2030 de l’ONU, comme pour toute autre politique essentielle au bon développement du pays, il ne peut y avoir de changement.
Quel est votre rêve le plus cher ?
-Mon rêve le plus cher serait un monde dans lequel les enfants ne souffrent plus de la misère et ne subissent pas toutes les dérives, qui cumulées, font qu’avant même de grandir, tous les espoirs d’avoir une vie épanouie sont anéantis, en Europe mais aussi et surtout dans les pays en développement ou tant de gens doivent inviter chaque jour des stratégies de survie… alors qu’ils ont tant d’humanité et tant de potentiel à développer. Un des grands objectifs des ODD est de ne laisser personne de côté, ce que je souhaite de tout mon cœur.