PAR .NIZAR.JLIDI/ Droits de douane et souveraineté commerciale : la Tunisie et l’option chinoise


À partir du 1er mai 2026, la Chine ouvrira son marché sans droits de douane à 53 pays africains, dont la Tunisie. Cette annonce pourrait bouleverser une économie tunisienne enfermée depuis des décennies dans une dépendance commerciale occidentale. Entre opportunité de rééquilibrage et risques géopolitiques, la décision chinoise pose une question simple : la Tunisie saura-t-elle transformer cette fenêtre en levier de souveraineté économique ?
Pendant des décennies, les chiffres du commerce extérieur tunisien ont montré des tendances immuables. En 2025 encore, près de 70 % des exportations du pays — soit plus de 44 milliards de dinars — ont pris la direction de l’Union européenne (UE). À l’inverse, la Chine, devenue pourtant la première puissance industrielle mondiale avec un PIB dépassant les 18 000 milliards de dollars, n’a absorbé qu’une fraction infime des ventes tunisiennes. À peine 24 millions de dollars d’exportations en 2024, contre près de 3 milliards d’importations en provenance de ce même partenaire. L’écart n’est pas seulement commercial : il traduit un déséquilibre structurel, presque historique.
Dans ce contexte, la décision chinoise de supprimer les droits de douane pour 53 pays africains à partir du 1er mai 2026 ne ressemble pas à une simple mesure technique. Elle intervient alors que le commerce entre la Chine et le continent africain dépasse déjà 220 milliards de dollars par an, et qu’une guerre commerciale mondiale redessine brutalement les routes économiques. Pour la Tunisie, qui enregistre un déficit commercial global de plus de 21 milliards de dinars, l’annonce ouvre une possibilité rare : accéder sans barrières tarifaires au plus vaste marché de consommation de la planète, peuplé de 1,4 milliard de consommateurs.
Toutefois, cette opportunité n’arrive pas dans un paysage neutre. L’économie tunisienne reste profondément ancrée dans un système d’échanges dominé par l’Europe et influencé par les Etats-Unis. Même dans ses relations avec la Chine, la Tunisie occupe aujourd’hui une position asymétrique, dépendante des importations industrielles sans bénéficier d’un accès équivalent à ce marché. La suppression des droits de douane ne changera pas mécaniquement cet équilibre. Elle crée cependant une brèche dans une architecture commerciale longtemps figée, une ouverture susceptible de modifier les rapports de force économiques et diplomatiques.
Derrière les chiffres, la question dépasse donc largement le commerce. Elle touche à la capacité de la Tunisie à diversifier ses partenaires et à réduire sa vulnérabilité commerciale.Également, cette opportunitépourrait jauger la capacité tunisienne à transformer une opportunité conjoncturelle en stratégie durable. Car si l’accès au marché chinois peut offrir une opportunité inédite pour rééquilibrer la balance commerciale, il implique aussi des choix politiques, industriels et diplomatiques qui détermineront l’orientation économique du pays pour les années à venir.
Une décision chinoise qui n’a rien de surprenant
L’annonce de Pékin peut sembler purement commerciale. Elle ne l’est pas, et le penser serait naïf. Supprimer les droits de douane pour la plupart des pays africains revient à ouvrir sans filtre un marché de 1,4 milliard de consommateurs à des économies qui, jusqu’ici, se heurtaient à des barrières tarifaires souvent dissuasives. Ce geste intervient dans un contexte où le commerce entre la Chine et les Etats d’Afrique a déjà atteint un seuil record, confirmant l’installation durable de Pékin comme premier partenaire commercial du continent.
Pour la Tunisie, la portée de cette décision se mesure immédiatement dans les chiffres du déséquilibre actuel. En 2024, les importations tunisiennes depuis la Chine avoisinaient 2,9 milliards de dollars, tandis que les exportations ne dépassaient pas 24 millions. Autrement dit, la Tunisie achète aujourd’hui à la Chine plus de cent fois ce qu’elle lui vend. Cet écart colossal ne résulte pas seulement de différences de compétitivité industrielle,il est aussi lié à l’accès limité au marché chinois, notamment par le biais de droits de douane et de normes complexes qui ont longtemps freiné les exportateurs tunisiens. Sans oublier, évidemment, la structure de l’économie productive tunisienne, qui n’est pas soutenue par une diplomatie d’expansion.
La suppression de ces barrières ne garantit évidemment pas une percée immédiate. Cependant, elle change une variable essentielle : elle supprime un obstacle structurel qui empêchait toute montée en puissance des exportations tunisiennes vers ce marché. Dans un pays où le déficit commercial global dépasse 21 milliards de dinars, chaque nouvelle source de débouchés devient un enjeu stratégique. L’accès sans droits de douane offre ainsi la possibilité, pour la première fois depuis longtemps, de réduire un déséquilibre bilatéral devenu presque mécanique.
La suppression des droits de douanes chinois s’inscrit aussi dans un contexte international marqué par le retour du protectionnisme. Les Etats-Unis ont, en 2025, imposé des droits de douane pouvant atteindre près de 40 % sur certains produits tunisiens, illustrant l’utilisation croissante du commerce comme instrument de pression géopolitique. Face à cette dynamique, l’ouverture du marché chinois apparaît comme une réponse inverse : une stratégie d’attraction économique visant à redessiner les flux commerciaux mondiaux en faveur des économies émergentes. Et, évidemment, cela vise à concurrencer une Amérique devenue trop belliqueuse.
Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse donc la simple question des exportations. Il s’agit d’un repositionnement potentiel dans une compétition commerciale mondiale où les alliances économiques deviennent des instruments d’influence. L’accès privilégié au marché chinois ne représente pas seulement une opportunité commerciale ; il constitue uneperspective diplomatique susceptible de modifier les rapports de force traditionnels entre la Tunisie et ses partenaires occidentaux classiques.
Les réflexes occidentaux du commerce tunisien
Pour comprendre ce que change réellement l’ouverture chinoise, il faut d’abord regarder froidement la structure actuelle du commerce tunisien. Les chiffres racontent une dépendance presque totale envers un seul espace économique. En 2025, près de 70 % des exportations tunisiennes — soit plus de 44 milliards de dinars — ont été absorbées par l’Union européenne. Cette concentration est telle qu’elle dépasse largement les normes internationales de diversification commerciale.Elle ne traduit pas seulement une proximité géographique ; elle reflète un modèle économique construit, depuis des décennies, pour répondre quasi exclusivement aux besoins industriels et aux standards réglementaires européens. D’ailleurs, les effets néfastes sur l’industrie, l’agriculture et même la culture d’entreprise et la diplomatie économique tunisiennes en sont à un seuil difficile à ignorer. Surtout lorsqu’on relève que la Tunisie peine à redémarrer son économie réelle avec des partenaires aussi capricieux.
Cette dépendance se retrouve également dans les importations. Plus de 43 % des achats extérieurs tunisiens proviennent encore de l’Europe, représentant plus de 37 milliards de dinars. L’économie tunisienne reste ainsi intégrée à un système d’échanges où elle exporte principalement des produits manufacturés à faible valeur ajoutée et importe des biens d’équipement industriels et énergétiques notamment. Et la Tunisie n’achète pas ces derniers à l’Europe, car les pays européens ne veulent simplement pas les vendre. Le résultat est connu : un déficit commercial structurel qui, en 2025, a atteint plus de 21 milliards de dinars, avec un taux de couverture des importations par les exportations inférieur à 75 %. La balance commerciale nette reste positive avec l’Europe, mais elle expose la Tunisie dans ses rapports avec la Chine, la Turquie, l’Egypte…
Dans ce paysage, la Chine occupe une position paradoxale. Elle est devenue l’un des principaux fournisseurs dela Tunisie sans pour autant constituer un véritable débouché. Les importations tunisiennes en provenance de Chine ont fortement progressé, tandis que les exportations tunisiennes vers ce marché restent marginales. Cette asymétrie extrême illustre un modèle commercial déséquilibré, dans lequel la Tunisie agit essentiellement comme un marché de consommation plutôt que comme un partenaire économique à part entière.
La relation avec les Etats-Unis, en revanche, présente une configuration différente, « plus européenne » disons. Bien que les volumes d’échanges soient plus modestes, la Tunisie y enregistre un excédent commercial significatif. Les statistiques américaines indiquent un déficit de plus de 600 millions de dollars dans les échanges de biens avec Tunis, ce qui place la Tunisie dans une position relativement favorable vis-à-vis de Washington. Cette situation contraste fortement avec le déficit massif enregistré dans les relations avec la Chine et souligne la complexité du positionnement commercial tunisien, pris entre plusieurs centres de gravité économiques.
Cette architecture commerciale rigide limite considérablement les marges de manœuvre diplomatiques et économiques du pays. La dépendance envers l’Europe expose la Tunisie aux fluctuations des normes, des politiques agricoles et des cycles économiques européens. Le déséquilibre avec la Chine renforce sa vulnérabilité aux importations industrielles. Quant à l’excédent vis-à-vis des Etats-Unis, il demeure insuffisant pour compenser ces déséquilibres structurels, surtout depuis l’installation des droits de douane de Trump.
C’est précisément dans ce contexte que la suppression des droits de douane chinois prend toute sa portée. Elle ne représente pas seulement une opportunité d’exportation supplémentaire. Elle offre la possibilité, pour la première fois depuis longtemps, de desserrer l’étau d’une dépendance commerciale héritée de l’Histoire et devenue un facteur majeur de fragilité économique pour la Tunisie.
Une opportunité pour corriger un déséquilibre commercial structurel
Dans l’absolu, la suppression des droits de douane chinois ne crée pas une richesse nouvelle,elle modifie une condition d’accès au marché. Et dans une économie comme celle de la Tunisie, où le déficit commercial dépasse désormais 21 milliards de dinars, cette modification peut suffire à changer des trajectoires. Car le problème tunisien n’est pas tant l’absence de produits exportables que l’accès aux marchés capables d’absorber des volumes importants.
Aujourd’hui, la Chine représente l’exemple le plus frappant de ce décalage. La Tunisie figure parmi ses clients réguliers,mais elle n’en est pas un fournisseur significatif : ses exportations vers la Chine dépassent à peine 24 millions de dollars par an. Cela signifie concrètement que pour chaque dollar vendu à Pékin, la Tunisie en dépense plus de cent pour acheter des biens industriels, des équipements électroniques ou des produits intermédiaires. La suppression des droits de douane ne comblera pas cet écart immédiatement, mais elle peut en réduire progressivement l’ampleur.
Les premières opportunités se situent dans les secteurs où la Tunisie possède déjà une capacité exportatrice avérée. L’agroalimentaire en constitue un exemple évident. Les filières tunisiennes ont prouvé leur compétitivité sur des marchés exigeants, notamment en Europe, qui absorbe encore l’essentiel de leurs ventes. L’accès sans barrières tarifaires au marché chinois — le plus vaste du monde — pourrait permettre d’y introduire progressivement des produits capables de générer des recettes en devises significatives. Cela pourrait concerner les produits que la Tunisie exporte vers l’Europe à des prix dérisoires, comme les agrumes et l’huile d’olive.
Le secteur des phosphates et des dérivés offre également une perspective stratégique. En 2025, les exportations tunisiennes dans ce domaine ont progressé d’environ 15 %, confirmant leur rôle central dans l’économie nationale. La Chine, premier consommateur mondial d’engrais et acteur majeur de l’agriculture industrielle, constitue un débouché naturel pour ces produits. L’ouverture tarifaire pourrait ainsi faciliter la conclusion de contrats plus importants, tout en ouvrant la voie à des coopérations industrielles dans la transformation locale.
L’industrie manufacturière, notamment les filières mécaniques et électriques qui ont enregistré une croissance de plus de 9 % en 2025, pourrait aussi tirer profit de cette ouverture. Ces secteurs disposent déjà d’une base industrielle solide et d’une expérience exportatrice vers des marchés exigeants. Leur accès au marché chinois, même limité à des segments spécifiques, pourrait contribuer à diversifier les sources de revenus et à réduire la dépendance vis-à-vis de l’Europe. N’oublions pas que la position géographique de la Tunisie peut réduire les couts de production des industriels chinois, beaucoup plus que leur main d’œuvre bon marché le fait déjà.
Au-delà de ces opportunités sectorielles, l’effet le plus important pourrait être diplomatique. En disposant d’un accès privilégié au marché chinois, la Tunisie acquiert un instrument de négociation inédit. Dans ses discussions commerciales avec l’Union européenne ou les Etats-Unis, elle pourra désormais s’appuyer sur une alternative crédible. La diversification des débouchés renforce la capacité à négocier des conditions plus favorables, notamment dans des secteurs sensibles comme l’agriculture, le textile ou les matières premières.
L’enjeu n’est donc pas simplement commercial. Il s’agit d’un repositionnement économique qui pourrait, à terme, modifier l’équilibre des relations extérieures tunisiennes. Mais cette opportunité reste conditionnelle : elle dépendra de la capacité du pays à transformer un accès tarifaire en véritable stratégie d’exportation, capable de générer des flux durables de devises et de réduire un déficit commercial devenu l’une des principales fragilités de l’économie tunisienne.
Canaliser l’ouverture commerciale en transformation économique
Dans les relations avec la Chine, le commerce n’est presque jamais une fin en soi. Il agit plutôt comme un déclencheur. Une fois les flux d’échanges installés, ils ouvrent généralement la voie à des investissements, à des coopérations industrielles et à des transferts technologiques qui dépassent largement le simple cadre des importations et des exportations. C’est cette dimension qui donne à l’initiative chinoise une portée potentiellement structurante pour un pays comme la Tunisie.
L’expérience africaine récente illustre cette logique. Dans plusieurs économies du continent (Egypte, Ethiopie, Congo…), l’intensification des échanges commerciaux avec la Chine a été suivie par une montée rapide des investissements dans les infrastructures. Ports, zones industrielles, réseaux ferroviaires ou installations énergétiques ont souvent été financés dans le cadre de partenariats économiques plus larges. Ces projets répondent à une logique pragmatique : sécuriser les chaînes logistiques et renforcer les liens commerciaux à long terme.
Pour la Tunisie, dont la position géographique constitue un atout stratégique entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique, cette dynamique pourrait offrir une opportunité majeure. Le pays dispose déjà d’infrastructures portuaires importantes et d’une base industrielle capable de soutenir des activités logistiques et manufacturières. Ces infrastructures intéressent déjà, par ailleurs, des groupes industriels chinois. Une intensification des relations économiques avec la Chine pourrait ainsi contribuer à renforcer son rôle de plateforme régionale, en attirant des investissements dans les secteurs du transport maritime, de la logistique et des zones industrielles.
Les coopérations technologiques représentent un autre volet essentiel. La Chine a développé ces dernières années des programmes d’échanges académiques et industriels dans des domaines clés comme le numérique, l’ingénierie et les technologies industrielles. Pour la Tunisie, qui dispose d’un capital humain qualifié mais sous-employé, ces partenariats pourraient accélérer la modernisation de secteurs stratégiques, notamment l’informatique, l’industrie automobile et les technologies marines. Ces trois secteurs en particulier connaissent un boom financier historique encore sous-exploité en Tunisie.
L’ampleur potentielle de ces coopérations doit être mise en perspective avec la dynamique actuelle des relations économiques bilatérales. Le commerce total entre la Tunisie et la Chine, estimé à plus de 9 milliards de dinars, témoigne déjà d’un niveau d’interdépendance significatif. Toutefois, cette relation demeure aujourd’hui déséquilibrée, dominée par les importations tunisiennes. La transformation de cette interdépendance en partenariat industriel suppose une stratégie nationale capable d’orienter les investissements vers des secteurs à forte valeur ajoutée. La Chine de Xi Jinping valorise clairement deux facteurs : la stabilité politique et sécuritaire, et la longévité des rapports diplomatiques.
L’enjeu dépasse donc largement la question des droits de douane. Il s’agit de déterminer si la Tunisie peut l’utiliser pour impulser une transformation structurelle de son économie. Sans une vision claire et des politiques industrielles cohérentes, l’accès au marché chinois pourrait se limiter à une augmentation des importations, reproduisant les déséquilibres existants. À l’inverse, s’il est intégré dans une stratégie globale, il pourrait devenir un moyende renforcer l’autonomie économique et diversifier les partenariats du pays.
La ligne de crête : entre opportunité stratégique et risques géopolitiques
Aucune ouverture commerciale n’est neutre dans le monde actuel, et celle qui s’offre aujourd’hui à la Tunisie s’inscrit dans un environnement international particulièrement brutal. Car si l’accès au marché chinois peut apparaître comme une opportunité économique évidente, il place aussi Tunis face à une équation géopolitique délicate : profiter d’un nouvel espace commercial sans provoquer de rupture avec ses partenaires occidentaux, en particulier les Etats-Unis.
Ce risque n’est pas théorique. Depuis le début du second mandat de Donald Trump, la politique commerciale américaine s’est radicalisée. Les droits de douane ont été utilisés de manière agressive, atteignant parfois près de 40 % sur certains produits tunisiens, tandis que Washington a multiplié les démonstrations de force dans plusieurs régions du monde (Venezuela, Iran…). Cette posture a profondément transformé le climat international : le commerce n’y est plus seulement un outil économique, mais un instrument assumé de pression stratégique.
Dans ce contexte, un basculement commercial brutal vers la Chine serait interprété comme un repositionnement politique. Or la Tunisie ne dispose pas du poids économique nécessaire pour soutenir une confrontation directe avec Washington. Son excédent commercial avec les Etats-Unis — supérieur à 600 millions de dollars — constitue au contraire un élément précieux de stabilité qu’elle ne peut se permettre de fragiliser.
L’autre risque majeur concerne la dimension financière des partenariats chinois. Plusieurs pays ont découvert, parfois tardivement, les conséquences d’une dépendance excessive aux financements de Pékin. En Angola, une part significative des recettes pétrolières a été mobilisée pour rembourser des prêts contractés auprès de banques chinoises. Au Kenya, l’endettement lié au financement du chemin de fer Mombasa-Nairobi a alimenté des inquiétudes sur la capacité du pays à conserver le contrôle de ses infrastructures stratégiques. En Indonésie également, certains projets ferroviaires ont entraîné des renégociations difficiles, révélant les contraintes associées à ces montages financiers. Les économistes appellent cela « le piège de la dette chinoise ».
Ces situations ne relèvent pas d’un scénario uniforme, mais elles illustrent un mécanisme commun : lorsque des projets sont financés sans transparence ni évaluation rigoureuse de leur rentabilité, ils peuvent conduire à une dépendance financière durable et à des concessions sur des avoirs souverains. Pour un pays comme la Tunisie, dont les marges budgétaires sont déjà limitées, le danger ne réside pas dans l’origine des financements, mais dans les conditions de leur négociation. Et si la Tunisie est aujourd’hui dans une situation économique fragile, cela est du en partie à une diplomatie commerciale figée, qui négocie mal ou qui ne négocie pas.
La stratégie tunisienne ne peut donc être ni un alignement exclusif sur la Chine ni un maintien d’une dépendance occidentale inchangée. Elle se situe dans un équilibre plus subtil. L’ouverture chinoise peut être utilisée comme un levier pour diversifier les partenariats et préparer des projets structurants, sans remettre en cause les relations existantes avec les Etats-Unis. Dans un contexte international mouvant, où les cycles politiques américains peuvent profondément modifier les priorités stratégiques, cette approche graduelle apparaît comme la seule viable. Eventuellement, le prochain occupant de la Maison Blanche pourrait difficilement être aussi imprévisible et brutal que Trump.
Au fond, l’enjeu n’est pas de choisir entre Pékin et Washington, mais de sortir d’une logique de dépendance univoque. La décision chinoise offre à la Tunisie une marge de manœuvre inédite. Encore faut-il qu’elle sache l’utiliser avec prudence, en transformant une opportunité commerciale en instrument de souveraineté, plutôt qu’en nouvelle source de vulnérabilité.



